Le curage du piège de Lyvet

Le dernier curage du piège de Lyvet s’est déroulé durant l’hiver 2014-2015 et a permis de retirer 65 000 m3 de sédiments. Le curage du piège a été réalisé par une drague grâce à la technique d’hydro-curage qui consiste à liquéfier le sédiment en le mélangeant avec l’eau de la Rance pour permettre son pompage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos : Tête d'élinde permettant le mélange vase et eau ; Drague dans l'estuaire à proximité du piège

 

Un double dispositif : le piège et le centre de transit des sédiments

Le produit issu du pompage vase/eau du piège de Lyvet arrive dans les lagunes du site de transit grâce à des conduites partant de la drague et remontant le talus de la Rance jusqu'à la station de transit de la Hisse (voir notre onglet Centre de transit des sédiments de la Rance). Les processus naturels de décantation se mettront ensuite en œuvre dans les différents lagunes. Puis après plusieurs mois sur site (entre décembre 2015 et décembre 2017), les sédiments seront valorisés sur des parcelles agricoles proches. D'ici là, le vent, la pluie et le soleil auront rendu les sédiments parfaitement compatibles avec un usage agricole (lire notre onglet valorisation des sédiments).

Le dragage du piège associé au remplissage des lagunes aura finalement duré 99 jours entre le 22 novembre 2014 et le 10 mars 2015 pour le curage du piège. Le dragage a continué jusqu’au 18 mars pour la zone du chenal à proximité de l’écluse.

Un fonctionnement cyclique renouvelable dans le temps :

Les études et les dispositifs de surveillance des différentes vasières de l’estuaire (voir notre onglet études et suivis scientifiques) ont montré l’efficacité d’un tel piège dans la gestion des sédiments. Le rendement de capture du piège étant lié à son taux de remplissage, son curage régulier est nécessaire. Le piège se rempli bien à nouveau depuis son curage, prouvant son efficacité à piéger les sédiments fins en fond d’estuaire. Un curage régulier tous les 2 à 3 ans est actuellement envisagé. La problématique sédimentaire en Rance maritime étant ce qu’elle est, l’exploitation de cet équipement a vocation à durer plusieurs décennies. Il constituera un maillon important du futur plan de gestion pérenne des sédiments de la Rance (voir notre onglet Plan de gestion pérenne des sédiments de l’estuaire).

Le remplissage du piège

Imaginé par Alain Jigorel (spécialiste des sujets hydro-sédimentaires à l’Institut National des Sciences Appliquées de Rennes), le principe de piège à sédiments consiste à créer une fosse créant une zone de sédimentation privilégiée dans laquelle les opérations de curage pourront s’opérer régulièrement. Plus la fosse est profonde, plus le piège capte les sédiments, réduisant  l’envasement ainsi dans la partie amont de l’estuaire.
 
Dans l’estuaire de la Rance, les sédiments viennent essentiellement de la mer. D’abord en suspension pour franchir le barrage marémoteur, ils se déposent ensuite préférentiellement dans les endroits abrités où les courants, les vagues et les crues ne les remettent pas en suspension. Le piège de Lyvet est ainsi un endroit  « calme » : pas de vague, peu de courant et à l’abri des crues. De plus, la durée des étales de niveaux hauts étant bien plus longue dans le bassin maritime que sur la côte du fait du fonctionnement de l’usine marémotrice, le dépôt est amplifié. Lorsqu’une particule sédimentaire se dépose dans le piège, seul un dragage peut lui donner une nouvelle destination… le centre de transit de la Hisse !!!
Ce piège fonctionne très bien, à tel point que l’on aurait pu croire, après la fin du chantier de dragage, en mars 2015, que son remplissage n’allait prendre que quelques mois. Ce sera un peu plus long que ça, car différents phénomènes rentrent alors en jeu.
 
Grace aux suivis réalisés en 2001 (premier chantier) et en 2015 on sait que :
- Dès le début du dragage, le piégeage commence. La nature ayant horreur du vide et les zones à proximité ne manquant de ressources, des particules quittent les zones à forte perturbation comme le chenal, pour se déposer dans le piège.
- A la fin du dragage, le piège dispose de son potentiel de piégeage maximal. Le trou étant profond, la quantité d’eau chargée de particules est la plus importante et le courant s’atténue davantage au-dessus du piège. Le comblement sédimentaire est alors très rapide.
- Ensuite, les abords immédiats du piège s’érodent aussi et tout en contribuant au remplissage du piège, accentuent l’effet visuel de comblement.
- Enfin, la vasière qui se constitue dans le piège est une vasière très liquide. Le tassement des particules et donc l’évacuation de l’eau interstitielle est un phénomène très lent et le volume en place dans le piège reste pendant de nombreux mois constitué majoritairement d’eau. Ainsi, le remplissage total du piège en vase « solide » avait nécessité 3 ans lors de la première opération. A ce jour, si la vase du piège était compactée, nous verrions que son remplissage est en fait à mi-route.
 
Aussi, pour être efficace économiquement dans l’objectif d’extraire des sédiments de la Rance, ce même délai de trois ans sera probablement nécessaire suite à l’opération Lyvet 2. Les prochains travaux devraient donc avoir lieu durant l’hiver 2017/2018 et pourraient concerner un volume supérieur (la capacité du dépôt de la Hisse est de 100 000 m3).
Ce dispositif Piège/ Dépôt est donc un système performant, qui constituera un maillon efficace du futur plan de gestion pérenne des sédiments de la Rance.